Interview/Football Yaya Touré: ‘‘Je ne suis pas prêt à abandonner les Éléphants’’

Touré Yaya

Ces dernières semaines ont été marquées par certaines de vos sorties médiatiques demandant aux jeunes footballeurs africains plus de responsabilités. Qu’est-ce qui explique cet appel ?

Le constat que nous faisons tous ensemble, est que depuis quelques années, il y a un vrai boom de footballeurs africains à travers tous les meilleurs championnats du monde. Et je pense que le progrès actuel du football mondial, est surtout le fait qu’il est rythmé par de talentueux footballeurs africains. J’ai donc appelé tous les footballeurs du continent à une plus grande responsabilité et de s’imposer comme tel dans leur club respectif. Ce qu’ont réussi Samuel Eto’o, Didier Drogba… et plus loin encore Jay Jay Okocha, Rabat Madjer, Georges Weah. Ou encore d’autres pionniers comme Laurent Pokou, Salif Keita… est à perpétuer par la nouvelle génération. L’Afrique reste une des plus belles vitrines du football mondial.

Vous faites partie des 23 nominés du Ballon d’Or mondial 2015 et le seul Africain dans ce gotha où il y a également Messi, Ronaldo, Neymar, Suarez… Est-ce pour vous une autre responsabilité ?

Il n’est toujours pas aisé de parler de soi. Dans ce cas de figure, il s’agit d’un vote. Et il s’agit de confronter 23 joueurs de l’élite mondiale. C’est toujours une fierté d’être cité parmi les meilleurs. Il est vrai que sur cette liste, je suis le seul Africain. Mais, cela signifie également que tous les autres joueurs africains des différents grands championnats, peuvent valablement y figurer. L’honneur revient à la Fifa et son partenaire ‘’France Football’’ qui célèbrent chaque année les footballeurs. C’est une distinction prestigieuse.

Pendant ce temps, les Ivoiriens veulent savoir si Yaya Touré a arrêté avec la sélection nationale…

C’est une réaction légitime de leur part. Puisqu’après les deux matchs amicaux (contre l’Angola et la Guinée Équatoriale) qui ont suivi notre victoire à la Can 2015, je n’ai effectivement plus fait d’apparition avec les Éléphants. Je sais que beaucoup de nos supporters se sont posés assez de questions. En même temps, il y a eu plusieurs interprétations. Ce qui n’avait rien à voir avec la réalité…

C’est quoi alors la réalité? Puisqu’à la suite d’échanges entre vous et le nouvel entraîneur Michel Dussuyer, vous demandiez semble-t-il, un temps de réflexion pour la suite de votre carrière internationale…

Effectivement, avec tout le respect que je dois à notre nouveau coach, j’ai souhaité avoir un moment de répit. Ce qui n’était pas évident pour lui. Dans la mesure où il venait de prendre fraîchement l’équipe. Il avait besoin de ce fait de tout son monde. J’avoue que je revenais d’une longue période d’intenses activités avec les Éléphants et une fin de saison harassante avec mon club, Manchester City. J’ai même eu des blessures. Pendant l’intersaison, j’avais même écourté mes vacances à Abidjan pour revenir en club pour être soumis à un programme rigoureux de remise en forme. J’ai dû suivre à la lettre et strictement mon programme de préparation physique pendant cette période sous la supervision de coaches privés. Ensuite, je suis entré de plain-pied dans le championnat anglais. Pour une fois, ç’en était trop pour moi. Il fallait souffler!

Pourtant, il y a eu cet autre problème où vous souhaitiez l’organisation du match Côte d’Ivoire-Gabon sur un stade ivoirien, alors qu’aucun terrain n’était disponible…

Vous-même comprenez que c’est un gros paradoxe de dire que notre pays n’a pas de pelouse praticable. C’est frustrant de faire un tel constat. Comment comprendre que notre grande Côte d’Ivoire ne puisse pas avoir de très bonnes pelouses. Ce qui nous a poussé à inverser le programme initial de la Caf pour faire jouer l’aller de ce match à Libreville. Ceux qui ont voulu me comprendre, ont compris mon message. Ceux qui n’ont pas prêté l’oreille, ont malheureusement fait d’autres interprétations. Et j’ai simplement fait un coup de gueule afin que les autorités regardent de près cette situation. De sorte à vite rectifier le tir et avoir une très bonne pelouse. Il est aussi de mon devoir d’attirer l’attention. Nous sommes des footballeurs, c’est notre profession. Et si le travail n’est pas fait pour la mise en place d’un cadre professionnel adéquat, il faut le dire tout haut. C’était aussi simple que cela.

Qu’avez-vous décidé? Puisque vous signifiez ne pas avoir stoppé avec les Éléphants. C’est le retour en sélection ?

Ma présence au sein de l’équipe nationale ne date pas d’aujourd’hui. C’est une fierté pour moi d’appartenir à une génération qui a remporté le deuxième trophée de la Can des seniors pour la Côte d’Ivoire. Je regarde dans le rétroviseur et je me rends compte que le chemin a été long. Au bout de l’effort, nous avons pu remporter le trophée 2015 après les échecs de 2006 et 2012. C’est une volonté divine que d’être passé par toutes ces épreuves. Je ne suis donc pas prêt à abandonner en si bon chemin. Je dois continuer l’aventure avec tous mes coéquipiers et montrer aux enfants et jeunes ivoiriens que la victoire de 2015 ne doit pas nous faire baisser les bras. Notre trophée doit nous permettre d’être plus aguerris et plus forts. J’ai même eu des conseils avisés de certaines personnalités. C’est pourquoi, je mettrai toujours mon expérience au service de notre sélection nationale. J’ai connu ma première finale avec la sélection nationale en catégorie junior à la Can 2003 au Burkina Faso. Nous avions perdu en finale face à l’Égypte. Trois ans après, c’est-à-dire en 2006, je suis passé chez les seniors. Nous avons traversé des difficultés puis, il y a eu ce 8 février 2015 où toute l’équipe autour de Copa Barry, a pu décrocher le titre. Je souhaite donc ne pas en faire ma dernière victoire avec les Éléphants.

Vous parlez de conseils de certaines personnalités. De qui s’agit-il ?

J’avoue que j’ai été très touché par la marque de reconnaissance que m’a faite le président de l’Assemblée nationale. Je veux parler de M. Guillaume Soro. Son franc parler m’a convaincu. Il avait d’ailleurs réussi à nous galvaniser lors de notre dernière victoire à la Can 2015. De sorte à me faire comprendre que la Côte d’Ivoire a plus que jamais besoin de nous tous pour imposer sa marque sur l’échiquier international. D’ailleurs, j’en profite pour le remercier pour cette considération. Puisque nous, sportifs de haut niveau, n’avons pas toujours conscience de la grande responsabilité qui est la nôtre. De sorte à aider nos plus jeunes frères ivoiriens à pouvoir suivre nos traces. Je n’oublierai pas le président Malick Tohé qui s’est personnellement engagé à jouer les bons offices et m’interpeller sur l’importance d’une équipe nationale plus forte afin de pouvoir rester toujours au sommet. Il est d’ailleurs en phase avec le président Sidy Diallo qui reste satisfait du fait que je n’ai aucunement pas pris de décision pour mettre fin à ma carrière internationale.

Cela voudrait-il dire qu’au moment où vous décidiez d’arrêter avec les Éléphants, ces personnalités vous ont-elles convaincu de ne pas le faire maintenant ?

J’avoue qu’ils m’ont tenu des discours réalistes. Je voudrais vous rappeler que nulle part j’ai évoqué que je mettais fin à ma carrière internationale. Malheureusement, chacun y est allé de son commentaire. Je crois que c’est ce qui a motivé le président de l’Assemblée nationale avec qui nous étions en Guinée Équatoriale, lors de la Can 2015, à s’enquérir de mes nouvelles.

Concrètement, quand reviendrez-vous en sélection ?

Je pense que le prochain rendez-vous après cette échéance, sera en 2016 avec la suite des éliminatoires de la Can 2017. Dans tous les cas, je serai prêt.

Vous êtes aligné sur tous les fronts. Également pour le titre du Ballon d’Or africain 2015. C’est un autre gros pari…

Oui. C’est vrai que le titre de meilleur joueur africain est aussi une très grande et prestigieuse récompense pour tous les footballeurs du continent. J’ai pu le remporter à quatre reprises. Cette année encore je suis en lice en compagnie d’autres valeureux footballeurs de notre continent. C’est toujours un plaisir pour moi d’être à ce niveau afin de montrer à tous les enfants du continent qu’il faut travailler très dur pour espérer être célébré un jour. Pour moi, c’est une des importantes moralités du Ballon d’Or africain. C’est un trophée qui offre joie et bonheur à tous les footballeurs du continent.

D’autres défis vous attendent en club. Pensez-vous que la bonne entame de saison de Manchester City pourra se poursuivre jusqu’à remporter un second titre avec les Citizens ?

Il y a deux saisons, nous avions réussi à être champions. Nous avons besoin d’un deuxième titre de champion d’Angleterre. Nous travaillons pour cela. En plus, il y a la Ligue des champions. Nous avons un calendrier très dense puisque nous jouons sur tous les tableaux. Il faut être au top à tous les niveaux.

Après un titre de champion d’Afrique avec la Côte d’Ivoire, plusieurs trophées de Ballon d’Or africain, un titre de Ligue des champions… Quel est votre rêve ?

Mon parcours dans le football m’impose toujours plus d’efforts et de performances. C’est pourquoi, je me suis inculqué l’esprit de la gagne depuis le début de ma formation à Abidjan. J’exhorte donc tous les footballeurs africains d’aller gagner le trophée le plus prestigieux au monde. Je veux gagner une coupe du monde. Après trois participations au Mondial, la Côte d’Ivoire doit arriver à ce niveau. L’Afrique doit pouvoir gagner une coupe du monde. C’est possible. Il est important d’y arriver dès maintenant…

C’est énorme, un tel objectif. Comment y arriver ?

Regardez le nombre important de footballeurs africains à travers tous les championnats du monde. Cela crève les yeux. Ils font partie des meilleurs footballeurs. Ce ne sont pas les talents qui manquent ou les occasions qui ont manqué. Si le Cameroun, l’Algérie, le Sénégal, le Ghana … sont passés de peu à côté de certains exploits pour plusieurs raisons, la finale 100% africaine du Mondial des cadets 2015 entre le Mali et le Nigeria, est très significatif pour le futur. Je me réjouis justement du fait que le président de la Caf, Issa Hayatou ait adressé une note d’encouragement à ces jeunes footballeurs. Il y a des indices importants qui sont aujourd’hui au grand jour. C’est l’occasion de faire une mention spéciale au président Issa Hayatou qui assure aujourd’hui la présidence de la Fifa. Il faut l’aider à réussir cette mission. Il faut aider toute l’Afrique. Plus qu’un symbole, c’est une vraie prise de conscience pour tout le continent. Cela voudrait dire qu’avec un peu plus d’efforts et d’organisation, nous y arriverons. C’est pourquoi, il faut insister sur cet aspect et aussi engager tous les pays africains à organiser plusieurs grandes compétitions mondiales. L’Afrique du Sud l’a fait en 2010 avec un somptueux Mondial de football. Des pays comme l’Égypte, le Maroc… et bien d’autres en ont les capacités. Les infrastructures déployées au Congo lors des derniers Jeux africains donnent aussi des idées. Tous les autres pays doivent travailler à cela. Il faut continuer dans ce sens pour faire gagner l’Afrique.

 

Fratmat info

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